mercredi 18 novembre 2009

D'une seule voix : Entretien avec Xavier de Lauzanne


Ce 11 Novembre sortait d'une seule voix, un documentaire traitant de la tentative de cohabitation entre musiciens palestiniens et musiciens israéliens, juifs, chrétiens ou musulmans, participant ensemble à la clameur d'une tournée française. Xavier de Lauzanne, son réalisateur, nous donne quelques clés sur la lecture et les intentions de son œuvre.

Pouvez-vous nous raconter la genèse de ce projet ; d'où tout est parti ?

Fin novembre 2004, j’avais été envoyé par une chaîne du câble en reportage à Jérusalem pour un concert organisé par un producteur français, Jean-Yves Labat de Rossi, réunissant des musiciens israéliens et palestiniens, dont un certain nombre était sortis miraculeusement de Gaza pour l’occasion. Projet impensable qui avait pourtant réussi. L’année suivante, le projet d’une tournée musicale en France avec ces mêmes artistes était né. J’ai donc demandé à Jean-Yves de pouvoir le suivre, caméra à l’épaule, pour observer ce qui allait se passer dans les coulisses. Pour voir dans quelle mesure un projet artistique pouvait générer des rencontres impossibles en temps normal.

Vous avez donc suivi Jean-Yves Labat de Rossi dans ses pérégrinations musicales et internationales. Quel a été votre regard, vos rencontres personnelles les plus marquantes ; qu'est ce qui vous a le plus touché dans l'expérience humaine que vous a fait connaître ce tournage ?

Ce film m’a fait rencontrer des personnes extrêmement différentes les unes des autres mais totalement liées par une même passion : la musique. C’est à travers cette passion qui les anime que tout peu changer. A l’instar des autres conflits dans le monde, le principe moral n’y peut rien au règlement du conflit qui ébranle le Moyen Orient. Par contre, tout ce qui est de l’ordre du « vécu » et du « ressenti » peu avoir une influence sur les mentalités et être l’amorce du changement. Dans cette histoire je ne crois pas au « bons » ni aux « mauvais », il n’y a que des gens qui subissent des influences. « L’axe du mal », c’est la politique résultante d’une idéologie dont l’arme principale est la stigmatisation, et la victime, l’individu. Ce qui m’intéresse dans un projet comme « D’une seule voix », c’est de montrer que, à partir du moment où il y a « partage », tout un chacun est capable de progresser face aux peurs que représente « l’ennemi ». Il est alors possible de se dégager de la propagande médiatique et politique qui nous inhibe et de constater à quel point nous sommes identiquement « sentimentaux ». Ce n’est pas de l’angélisme mais au contraire, une recherche avide de « concret ». Car des mots, il y en a toujours trop.


Le film, pour sa tournée d'avant-premières, a été accueilli dans plusieurs cinémas - il a reçu de nombreux prix lors de sa participation à plusieurs festivals - mais également dans certains centres culturels juifs. Qu'est-ce qui vous a le plus surpris dans l'accueil du public ?

Au fur et à mesure des projections, j’ai l’impression qu’il y a une nette différence entre ce que propose la télévision en termes de réflexion et ce qu’attendent les gens. Il y a du mépris dans les bureaux parisiens. On se fait de l’argent en donnant de la nourriture aux cochons. Pour la télévision, le rapport au spectateur est binaire, c’est le miroir aux alouettes : on lui promet de la « culture » tout en satisfaisant ses bats instincts. Je suis choqué par le manque de déontologie et de respect. En ce qui concerne le documentaire, tout le monde se gargarise devant le succès de documentaires dénués de prise de risque dont les recettes de fabrication sont bien connues. A côté de cela, le documentaire de création est en train de mourir dans son coin. Il y a toujours une bonne raison pour ne pas diffuser un film comme « D’une seule voix ». Aucune éducation du regard en ce qui concerne le documentaire n’est actuellement proposée par le service public. Et une chaîne comme Arte, malheureusement seule garante du documentaire d’auteur, laisse entendre au grand public, par sa ligne éditoriale, qu’il est réservé à une élite. Alors, face à tout ce que peuvent me dire ces gens cyniques et blasés qui peuplent les bureaux parisiens, je suis très agréablement surpris de voir l’aptitude des spectateurs dit « moyens », à aimer un documentaire à partir de moment où il se sentent « invités » où un effort est fait sur « l’annonce » et sur « l’accessibilité ». Le documentaire de création est un genre à part qui ne peut se passer d’une pédagogie : il doit être présenté à travers l’histoire qui a fait naître le film et la personnalité de son auteur.

D’autre part, ce film a la faculté de rassembler autour de l’idée de paix, dans son aspect le plus modeste. Les spectateurs comprennent très bien sa particularité dans le climat actuel. Les débats qui ont toujours tendance à dégénérer sur ce sujet ne sont ici presque jamais animés par des points de vu partisans. Le film valorise non seulement les musiciens qui ont participé à cette tournée mais aussi celui qui les regarde, quel que soit son âge, sa religion, son origine, son appartenance politique. Quand la lumière dans la salle se rallume et que je vois tous ces regards un peu gênés, bordés de larmes, je me dis que mon combat, avec François-Hugues de Vaumas à la production, pour que ce film existe a porté ses fruits.


Votre film s'attarde sur diverses communautés et la façon dont elles interagissent. Avant cela vous avez tourné pour KTO et vous avez participé à l'élaboration de plusieurs documentaires tournés en Thaïlande au Cambodge ou encore au Vietnam. Après tant de voyages et de rencontres de quelle façon vos propres croyances ont pu être bouleversées ? Comment peut-on mettre en image avec respect quelque chose d'aussi subreptice et transparent que la foi ?

La foi c’est croire. La foi ne s’explique pas. Elle se vit, dans mon cas, dans la conviction intime que sans amour, nous mourrons dans tous les sens du terme. Et le besoin d’amour ne s’explique pas non plus, si ce n’est par notre lien filial avec Celui qui nous a créé. Tous mes voyages n’ont pas bouleversés ma croyance dans le sens où je m’y serais opposé. Ils m’ont permis en revanche de me détacher de l’aspect conventionnel d’une religion héritée de mes parents pour ne plus m’attacher qu’à son application, qu’à sa vérité. Cela ne veut pas dire se détacher du culte qui permet de se relier au sacré, mais fort de ses convictions, se confronter concrètement à la réalité de la vie qui peut être extrêmement dure. Je pense que la foi nous aide à être intuitif sur la construction de sa vie, à nous détacher de ce qui nous obsède, à avoir le sens de l’Homme… à avancer. Sa grande vertu est certainement la conscience de l’espoir qui réside en toute situation, en toute personne. C’est en cela qu’elle peut avoir une influence sur la manière de réaliser un film. Mais ça reste quelque chose de très personnel qui ne peut se définir en concept.


Quelle est votre éthique en tant que réalisateur de documentaires (de longue date désormais) ? Quelle part de votre travail accordez-vous à la fiction et où se situe votre attirance pour cette dernière ?

Ne jamais tromper la réalité. Dans le documentaire, on ne joue pas avec des acteurs, on met en scène des personnages réels avec leur histoire. Il est très facile de les dénaturer au profit d’un film plus enlevé et plus distrayant que n’est la réalité. En revanche, il est beaucoup plus difficile de respecter leur naturel tout en les incluant dans une narration filmique fabriquée suivant les contraintes du genre. La responsabilité est énorme.

Dés qu’il y a « progression narrative », il y a « histoire » et donc rapport à la fiction. Au tournage, même si on ne met pas en scène les gens proprement dit, on doit savoir déterminer l’axe du tournage (cadrage, choix des scènes, interviews…) pour avoir les éléments d’une histoire. L’art du montage, c’est l’organisation du récit avec un style et une trame de fond, exactement comme la littérature. Ici, il prend forme avec des images tirées d’une réalité ; dans la fiction, avec celles tirées d’une mise en scène.

Depuis toujours je suis attiré par la fiction. Le documentaire est un hasard de parcours qui a été mon école. Maintenant, j’ai envie de faire de la fiction pour être dans un processus de création pure. Dû à l’utilisation de la réalité, le documentaire est cerné par tout un ensemble de contraintes qui, dans la fiction, peuvent voler en éclat et laisser place à une expression artistique plus libre.


Sans avoir la prétention de se poser en tant que "film de la paix" la substance même d'Une Seule Voix contient un message fort et qui tente de se détacher de toute contrainte politique. Modifier la société et ses consensus, la paix à travers un médium, vous y croyez ?

Bien sûr j’y crois sinon je n’aurais jamais pu terminer « D’une seule voix ». Mais effectivement, soyons clairs, ce n’est pas un film ni une tournée musicale qui va faire la paix. La paix ne peut être scellée que par des propositions techniques et politiques. Mais avant cela, il faut qu’il y ait une volonté émanant de la société civile et que cette volonté soit suffisamment exprimée pour qu’elle soit prise au sérieux. Une tournée musicale comme « D’une seule voix » permet d’exprimer et d’expérimenter cette volonté de paix dans un cadre bien précis, dans un instant donné, avec un vecteur qui encourage à se désolidariser de la politique. J’ai pu vérifier auprès des musiciens qu’un projet comme celui-ci travaillait leur conscience. Certains ont gardé des amitiés solides qu’ils n’auraient jamais imaginé avoir avant. D’autres ont modifié certains aspects de leur comportement. D’autres encore relativisent un peu plus leurs prises de position. Et enfin, certains sont restés à l’écart mais réaliseront peut être un jour, lors d’une autre prise de conscience, l’importance de ce qu’ils ont vécu. Il est impossible de mesurer l’impact que « D’une seule voix » aura dans leur vie à long terme mais la trace de cette expérience ne s’effacera jamais en eux.



Vous pourrez retrouver la liste des salles projetant "D'une seule voix" (ainsi que les différentes projections-débats) sur le site officiel du film.


jeudi 8 octobre 2009

Lost 5.16 & 5.17 récapitulation



* Ou comment mettre en lumière l'ensemble de la série en une seule séquence : l'ouverture. On en a souvent vu des premières scènes tapageuses , des débuts prometteurs : Desmond dans la Swan Station, la mère de Locke qui se maquille avant de se faire écraser par une voiture, etc. Et pourtant ici, en un gros épisode musclé, on rencontre et apprécie Jacob. On le voit évoluer du XIXème siècle (amenant le Black Rock jusqu'à lui) et 150 ans plus tard, mourir sous les coups de poignard de Ben. Et un petit espoir naît enfin : Lost a aussi beaucoup de talent pour conclure ses histoires. L'accumulation de cliffhangers et de twists qui sont devenus la matière-même de la série nous a habitué à ne plus exiger quelque chose de définitif ; au mieux quelques portes ouvertes au moment d'un rebondissement superbe. Et pourtant ce seasonfinale, malgré le fait qu'il souffre de quelques défauts, nous amène vers quelque chose d'inattendu et de particulièrement excitant : un conflit entre demi-dieux, les géants de l'île, prémisse probable au jugement définitif de l'humanité. Après une saison très orientée science-fiction on ne peut qu'être choqué de voir à quel point la conclusion de cette dernière évolue dans les sphères du mysticisme (et même du mythologique) et ce de manière totalement décontractée. Comme si cela allait de soi. On commence à se dire que oui, c'est possible : peut-être que Lost réussira sa sortie.

* La guerre, le conflit, cela fait un petit moment qu'on nous rabat les oreilles avec cette idée. Maintenant nous voilà les deux pieds dedans. Le libre-arbitre (symbolisé par Jacob ?) contre le chaos, l'esprit de corruption, celui qui profite de la faiblesse des hommes (son Némésis tout de noir vêtu ?). La position du bien contre le mal serait, je l'espère, bien trop caricaturale. Pourtant cela reste envisageable ne serait-ce que pour le public qui a besoin de s'accrocher à des positions claires et bien définies (même si ce type de public a dû fuir Lost depuis bien longtemps. Il y reviendra peut-être). Il est donc question d'un combat, d'un jeu, et de règles qui l'encadre. Nous allons d'abord aborder les flashbacks, ou le chemin de Jacob à travers la jeune histoire des passagers du vol 815, pour s'intéresser ensuite aux événements de 1977 et pour terminer par ceux de 2007. Et en chemin on s'intéressera à ce conflit qui semble plus que jamais la nouvelle colonne vertébrale de Lost.

* Jacob rencontre donc un grand nombre de Losties (ceux qui ont survécus jusque là, en gros) à travers le temps. Tout comme Richard Alpert il ne prend jamais une ride. Alpert révèlera également que c'est Jacob qui l'a fait être de cette façon. On peut donc supposer que les pouvoirs de Jacob sont juste immenses et que chaque acte un tant soit peu fantastique intervenant dans la série est la résultante de son bon vouloir. Les visions données à Desmond saison 3 ? Le voyage des Losties dans le temps ? Tout ça fait probablement partie d'un entraînement, d'une grande préparation en vue du sprint final : quel camp choisiront-ils (sciemment) ? feront-ils preuve de bonté ou seront-ils aigris ? Jacob intervient sans jamais vraiment intervenir semblerait-il. Ils rencontrent ces personnages et les désignent, ils les touchent, comme pour les bénir. Il met un point d'honneur à ne pas les influencer dans leurs choix et à leur laisser tout leur libre-arbitre. Il n'interviendra réellement qu'auprès d'Hurley (qui semble en avoir besoin) en lui affirmant qu'il n'est ni fou ni maudit : bien au contraire. Peut-être que dans ce grand affrontement où Jacob, en paternel bienveillant qui dit que l'homme sera un jour capable d'acte d'amour désintéressé, et où l'Anti-Jacob promeut la corruption, affirme que les hommes ne sont capables que de s'auto-détruire et se battre (c'est quand même l'histoire des 5 saisons de Lost) Hurley sera une clé non-négligeable. En effet il est l'un des seuls personnages qui n'ait rien à se reprocher et qui soit capable d'une honnête bonté. Et un seul exemple pourrait suffire à mettre fin au conflit. Jacob rencontre également Locke (il le réveille, le ressuscite presque, après l'accident qui le paralysa) ou encore Sayid (et semble entraîner plus ou moins la mort de Nadiya). Il va donc à la rencontre de certains Oceanic 06 après leur retour. Comme s'il était important qu'ils reviennent pour une dernière épreuve.

* En 1977 ça pulse. L'incident survient et tout le monde se tire dessus. Les raisons invoquées enfoncent encore un peu plus loin tous les personnages dans le pathétique le plus gras : ils prennent leurs décisions de destruction/préservation de l'île (et donc de beaucoup d'innocents) en se référant aux volutes de leurs vies amoureuses. Jacob : 0, Anti-Jacob : 1. Petite digression brève : l'Anti-Jacob (joué par Titus Welliver) est appelé Samuel dans les castingcall (les noms utilisés dans ceux ci sont en général inexacts pour mettre les fans sur de mauvaises pistes). Le frère (véritable, mais on peut penser à une conception de frère-ennemi dans Lost) de Jacob dans la bible est Esau (et le dernier fils de Jacob est Benjamin si je ne me trompe pas). Pour des raisons de coolitude et de prononciation je nommerai donc ce personnage Samuel pour la suite du texte. M'est avis qu'un nom tout autre lui sera attribué d'ici le début de la saison 6.

* En 1977 rien n'a changé. Le bras de Pierre Chang est écrasé (il avait une prothèse dans certaines vidéos d'Orientation), Radzinsky survit pour ensuite s'enfermer dans la Swan Station et s'y suicider, la bombe n'explose pas, etc. Il n'y a qu'au dernier instant, l'instant du cliffhanger final, qu'on peut se demander si quelque chose a changé. Mon opinion ne change pas : tout ce qui s'est passé c'est toujours passé de cette façon. Je pense que Jughead va se mettre en marche et exploser ce qui constituera (et a toujours constitué) le fameux Incident. Juliet, étant celle qui déclenche l'explosion, n'y survivra pas. On peut remarquer que Juliet a un flashback dans cet épisode et que celui-ci est le seul où Jacob n'apparaît pas, où elle n'est pas "touchée" et donc probablement pas sauvée. Je pense que c'est cet instant que Jacob "choisira" ("They're coming") pour les faire revenir dans le présent. Sayid est mal en point mais il peut survivre. Miles n'a pas été touché par Jacob mais peut-être que ce dernier a rencontré d'autres personnages dans des flashbacks qui nous sont encore inconnus.

* La seconde possibilité voudrait que la bombe explose et que tout le monde meurt. Ainsi le vol 815 se poserait en douceur (dans une sorte de "réalité parallèle") à LAX le 22 Septembre 2004. Et on repartirait de zéro. Cela semble hautement improbable et aurait de quoi mettre en rogne beaucoup de fans. Ce cliffhanger est donc en lui-même assez vain (et sent l'entourloupe à plein nez) surtout qu'il semblait tout tracé depuis l'apparition de Jughead pour la première fois en début de saison (en 1954). La bombe "explose", l'écran final apparaît en noir bordé de blanc (au contraire de son habitude). En fait cela a le goût du plus grand cliffhanger du monde, celui de pouvoir annuler toute une série et tout recommencer de zéro. C'est en fait (au contraire du "We have to go back" de Jack fin saison 3) juste trop gros pour réussir à nous avoir. Mais tout comme Sayid qui tire sur le jeune Ben plus tôt dans la saison c'est l'acte lui-même, l'image et ce qu'elle implique/provoque qui est à apprécier et à cajoler. On commence à savoir depuis ces quelques années de Lost que tous ses cliffhangers n'ont pas forcément un sens. Parfois ils sont oubliés, parfois, tels de vrais Deus Ex Machina, ils relancent la mécanique narrative, parfois encore ils servent de leurres. Pour des raisons évidentes d'organisation je ne vois pas la série repartir de zéro. Cruellement déceptive mais tout de même intriguante comme "idée finale" que cette explosion et l'annulation pure et simple de 3 ans de vie. Jack pourrait invoquer tous les morts survenues sur cette île, ceux dont on ne connaît pas le nom (les redshirts), Charlie (sacrifié pour rien ou pas grand chose au mieux, voir pour apporter le chaos au pire), Boone, Mister Eko, etc. Ce serait une raison suffisante pour changer le cours du destin. Pourtant ce cours semble inflexible. On sait que tous ces gens sont morts pour une certaine raison, pour le "plus grand bien", quelque chose qui interviendra sûrement d'ici la fin de la série. Au lieu d'invoquer ce que la raison nous susurrerait Jack préfère expliquer son dégoût, son ras-le-bol, sa déception amoureuse. Et nous, en tant que spectateurs, ne pouvons nous empêcher de nous mettre à leurs côtés. Tant d'années d'ardeur, de mystères bâtis sur pas grand chose, de bêtise, de mensonges, de fatigue : allez-y faîtes la sauter bon sang cette putain d'île qu'on puisse tout oublier. Et oui. Un instant de faiblesse, un vrai geste de suicide totalement irrationnel. Malgré son côté très programmatique dont je parlais plus haut l'intervention de Jughead aura permis ce ressort tout à fait nouveau et pourtant tout à fait sensé. Après tant de marasme si le repos ne peut se trouver que dans la mort proposons le à tout un chacun, sans même lui demander son avis, et capitulons.

* Rose, Bernard (et Vincent) font figure de ceux qui ont saisis l'essentiel dans ce chaos. De loin la scène la plus cool de l'épisode et cette misérable Kate qui, tout dans l'urgence, crie à qui veut l'entendre qu'il faut empêcher Jack de faire exploser une bombe à hydrogène (et qui prendrait presque Rose & Bernard de haut au vu de leur immobilisme) n'a jamais semblé aussi pathétique. Juliet aimerait rester mais elle fait partie d'un flot d'événements qu'elle ne maîtrise plus et l'amènera littéralement au fond du trou. Rose & Bernard sont à la retraite mais ils ont surtout compris les bienfaits de l'île. Jacob pourrait être furieux en voyant ses "élus" et fier de Rose & Bernard : il s'est démené pour eux et aucun n'a en tête de le remercier. Leurs vies étaient de vrais trous à rats puants avant leur arrivée. Depuis ils ont connus l'aventure mais aussi le bon temps, l'amitié et l'amour parfois, les miracles, le paradis, l'Eden en quelque sorte. Et les voilà encore occupés à essayer de se trouver des raisons pour se tirer dans les pattes. Les auteurs n'oublient pas le principal et nous le livre en une seule scène certes un peu simpliste mais aussi simplement splendide : tant qu'à être ici, autant vivre côte à côte, partager nos petits repas, et profiter de ces joies simples. Jamais Lost n'a été aussi mature.

* La Statue et le mystère qui l'entoure semble désormais résolu. Il y a encore certaines dissensions parmi l'effort collectif des fans (c'est quand même fascinant, plus que les débats stériles "Whatever happened happened / le passé peut être changé", ce jeu de pistes gigantesque sur lequel chacun travaille et tous, des millions, dans la même direction !) entre, surtout, Tahweret et Sobek. Tahweret est une sorte de gros hippopotame mignon (entre autre déesse de la fécondité, ce qui expliquerait le problème de la naissance sur l'île depuis que la statue se serait écroulée ; écroulement dû à la détonation de Jughead ?). Sobek est une divinité un peu plus mineure qui semblerait être affiliée à la pluie et aux inondations parfois ou encore à la réparation des dégâts. Une allégorie de Jacob ? On en termine, à mon sens, définitivement avec l'histoire de la statue à quatre orteils et pourtant on ne nous assène aucune vérité définitive. Voilà qui est agréable. Il est sûrement plus important de se demander qui (ou quoi) la statue représente. Jacob ? et le Smoke Monster serait Samuel ? (tout comme on le voit dans une peinture murale dans la caverne sous le temple, là où Ben se fait juger). Petit détail qui a quand même un goût de confirmation : Sobek a une tête de crocodile et les crocodiles n'ont que 4 orteils. Ça semble stupide comme phrase mais ça expliquerait cette histoire d'orteil manquant et semble donc la théorie la plus probable. "Well it's a wonderful foot Richard, but what does it have to do with Jacob?" : mouahahahah. Et dire que Jacob a vécu là depuis tout ce temps. Quel coquin.

* En 2007 on marche longtemps pour aller à la rencontre de Jacob. Au niveau des détails Caesar est bel et bien mort (il semblerait que tous les personnages qui soient apparus post-saison 2, exception faite de Ben & Desmond, ne soient en fait là que pour mourir dans des circonstances étonnantes et donc créer du buzz). Ilana & Bram sont sympathiques et probablement du côté des Autres, d'Alpert, de Jacob. Ils parlent de candidats. Candidat à la succession de Ben donc ? Ou même nouvel hôte pour l'esprit de Jacob ? A la question "What lies in the shadow of the statue?" Richard répond donc (en latin) : Celui qui nous sauvera tous. Ou quelque chose d'approchant. Donc sûrement Jacob.

* Comme la saison dernière Locke est dans une boîte. Même plan, même mouvement de caméra mais intensité décuplée par mille. Incroyable. Locke en ultime méchant, quel twist. La saison dernière j'étais très peu enthousiaste face à ce cliffhanger faiblard, cette révélation molle qui avait des airs d'inachevée. Ok, l'un des personnages principaux était mort mais avec la structure toute en ellipses, en spirale en quelque sorte, de la série on se doutait bien qu'on le reverrait très régulièrement. Là, on ne peut qu'être choqué : Dead is dead, et tout les signes allaient dans cette direction (regardez les épisodes depuis le "retour" de Locke, le 7ème, est vous verrez qu'entre sa démarche et son lexique on ne le reconnaît tout simplement plus). C'est surtout l'incroyable cruauté des circonstances de sa mort (et donc de sa vie sur l'île) qui nous retourne. Locke n'aura jamais été qu'un pion. Pire : son visage sera usurpé et choisi par "l'ennemi" pour tuer ce vers quoi Locke a toujours marché (Jacob). Ben parlera des sacrifices qu'il a dû faire (au nom de quoi ?) mais le Locke original aurait pu en dire tout autant. Jacob sait vraiment pousser ses ouailles dans leurs derniers retranchements. Il espère toujours que malgré ça quelqu'un sera assez courageux et lucide pour continuer à subir le courroux de l'île et à courber l'échine (ce qui est quand même le plus gros message chrétien pur qu'on trouvera dans Lost et sûrement dans l'ensemble du paysage audio-visuel, un message totalement décontextualisé, presque terroriste en 2009, celui de l'acte de foi, d'accepter quelque chose de plus grand entrer dans sa vie). En 1977 Jack répète "l'avertissement" déjà prononcé par Locke puis par Sawyer : le leader est en chemin et son nom est John Locke. "If I were you, I wouldn't give up on John Locke". Comment peut-on prendre cette phrase ? Nouveau coup d'épée dans l'eau, incroyable et improbable leurre qui ne fera qu'amener Locke à son destin de "leader" puis à sa mort et ainsi à se faire "habiter" par le malin ? Oui et non. Terry O'Quinn (qui n'en sait pas plus que nous à ce stade de la série) dit lui-même que Lost en a terminé avec l'ancien personnage de John Locke. Mais qu'il continuera à garder ses traits pour incarner celui qui est fort probablement Samuel. Les scénaristes sont en vacances et nous donneront sûrement des informations au compte-goutte d'ici Janvier prochain. Peut-on prendre cette réplique de Jack pour argent comptant, comme petite douceur censée rassurer les fans du John Locke de la première heure (et dieu sait qu'il y en a) ? Jacob meurt à la fin de cet épisode mais on a beaucoup de mal à croire qu'il ne soit pas une sorte d'entité immortelle. Alors qui sait. Peut-être que le corps du "premier" John Locke sera finalement l'hôte d'une force supérieure, ou peut-être même que Jacob le ressuscitera pour s'opposer à Samuel. On aurait donc un conflit Locke vs Locke tout à fait cheap visuellement parlant mais juste extraordinaire en termes de jeu d'acteur. On ne sait jamais, bien évidemment, surtout dans le territoire de Lost mais j'ai tout de même la forte impression que John Locke n'était qu'un pion de plus, qu'il n'a jamais été spécial, et qu'on ne le reverra jamais vraiment.

* Entre le choix de sauver Benjamin Linus puis celui d'ériger John Locke en tant que leader je tiens quand même à faire remarquer que Richard Alpert a beau être un beau gosse il est tout de même un conseiller relativement à chier.

* On retrouve la cabane de Jacob (probablement pour la dernière fois). Ilana semble le chercher et nous apprend qu'elle a été squattée par quelqu'un d'autre (à savoir Samuel apparaissant dans le corps de Christian Shephard) et pour une fois je peux dire : je le savais. Développons donc nos informations : Jacob a probablement habité cette cabane il y a fort longtemps. Il a ensuite sûrement déménagé parce qu'embêté par un voisin un peu tapageur (Samuel). Samuel a été probablement emprisonné (par les Autres) dans cette cabane par une sorte de rituel, d'acte magique, à savoir une traînée de cendres. Dans l'épisode 3.20 The Man Behind the Curtain Ben amène Locke à Jacob et tente un sublime coup de bluff : parler à une chaise vide en faisant croire à Locke qu'il n'est pas assez spécial pour voir Jacob. Je pense que Ben a choisi cette cabane presqu'au hasard sans savoir ce qui y résidait exactement. A savoir Samuel. Qui apparu et prononça à Locke ses mots "Help me". Il l'aura effectivement bien aidé par la suite. C'est à partir de cet épisode que les apparitions de morts se succèderont. On peut imaginer que Ben & Locke n'ont pas fait attention à là où ils mettaient les pieds (littéralement) et ont donc "brisé" le cercle qui gardait Samuel emprisonné. Dans le 4.01 The Beginning of the End Hurley voit cette cabane délogée de son espace et y observe Christian ainsi qu'un autre personnage (ou plus exactement son œil). Il s'enfuit et rompt peut-être définitivement le cercle rituel. Et depuis Samuel est libre de prendre l'apparence de personnes décédées sur l'île (Christian, en disant parler au nom de Jacob, Claire ?). Peut-être que chaque mort apparu sur l'île est en fait l'œuvre de Samuel essayant de manipuler les vivants à ses propres fins (assassiner Jacob, puis probablement autre chose d'au moins aussi cataclysmique). Maintenant que Locke est revenu en chair et en os (mais décédé) et que Samuel sait probablement que Richard l'attend avec impatience il ne suffit plus qu'à se faire passer pour un John Locke récemment ressuscité pour impressionner les foules et se frayer donc un chemin vers Jacob. Le plan aura été de longue haleine (le plus long Long Con de l'histoire de la série ?) mais aura fini par payer.

* La scène finale (Ben & le faux Locke & Jacob dans le pied géant, ahah, voilà qui est bien improbable comme phrase) est juste remarquable. Jacob : 0, Samuel : 2. La dimension tout simplement biblique de la chose est unique à la télévision. Quand on voit la série à ses débuts on a le droit d'être en pleine exaltation. Ne pas avoir peur de jouer avec les codes de la mythologie (le fil du destin tissé par Jacob, par exemple), toujours les évoquer doucement sans jamais prononcer leurs noms, voilà une façon d'étendre un récit tout à fait admirable. On entre depuis un petit moment dans le territoire de la véritable tragédie ; les dieux en coulisses qui torturent les humains. Lost retombe sur ses pattes comme ça. Comme à chaque fin de saison nous sommes censés apercevoir ce dont la prochaine saison sera faite. Et c'est la première fois que cette "ouverture" m'excite autant. "They're coming" dit Jacob avant de s'éteindre (ou de brûler c'est au choix) et le faux Locke (Samuel donc) semble irrité. S'agit-il d'une nouvelle force qui va prendre place ? des Losties coincés en '77 que Jacob va faire revenir au temps présent comme dernier acte avant sa mort ? La dernière tirade Ben vaut un Emmy à elle toute seule (j'ai l'impression de dire ça régulièrement mais tant pis) et Jacob lance au nez et à la barbe de Ben ce qui semble être l'ultime gifle, l'insulte suprême qui remet en cause tout le parcours de Benjamin Linus : "What about you?". Bah oui, toi, et alors ? Qu'est-ce que je peux bien en avoir à faire d'un cloporte menteur et égoïste comme toi ? C'est assez couillu comme réplique face à un homme qui vous menace d'un couteau. Ce qui m'amène à penser que Jacob avait un plan derrière la tête et qu'il voulait peut-être être tué. Pourquoi ? C'est nébuleux. Peut-être pour renaître sous de meilleures auspices.

* Dieu est mort. L'avenir n'a jamais semblé aussi incertain.

* Grand absent de ce final : Desmond Hume. En a-t-on fini avec son personnage ? Sera-t-il l'un de seuls à s'en sortir et à connaître le bonheur ? Malgré le message de début de saison qui nous le présentait comme (divinement) spécial ? Est-il un "candidat" ? Je pourrais très bien accepter de ne plus le revoir (malgré ce que Miss Hawking disait : l'île n'en a pas fini avec toi). Il faut aussi savoir qu'Henry Ian Cusick (aka Desmond) est poursuivi depuis très peu de temps pour harcèlement sexuel auprès d'une scripte ou d'une technicienne de cet ordre sur le plateau de Lost. Elle fut aussitôt renvoyée et le poisson un peu noyé. Démêlées avec la justice et présence au générique de Lost n'ont jamais fait bon ménage.

* Le conflit Jacob/Samuel n'est qu'un jeu. On aura souvent entendu cette comparaison (Desmond dernièrement qui disait qu'ils n'étaient tous que des pions sur un échiquier trop grand pour en voir les contours). On sait désormais pourquoi les Losties sont là : ils n'ont pas été forcés mais ont été amenés malgré tout, touchés. A l'aulne de cet épisode on peut revoir toute la série et trouver une justification acceptable : Jacob wants it that way. Amener toutes les pièces au bon endroit. "It only ends once, everything before that, it's just progress". Le classieux conflit entre Widmore & Ben qui faisait tant chavirer les esprits la saison dernière semble bien à l'étroit désormais. On peut donc se demander comment vont se constituer les équipes la saison prochaine. Widmore, type un peu rude mais au fond assez sympa, va-t-il tenir avec cette enflure de représentation maligne qu'est Samuel ? Où Ben va-t-il finalement se placer ? L'identité du faux Locke va être mis à jour dès sa sortie du pied de Sobek. Certains le suivront, d'autres pas. Même si tout cela prend des airs d'un combat du Bien contre le Mal (c'est nécessaire, comme je le disais précédemment, en gros pour capter l'attention des cons, pour qu'ils finissent un peu par sortir la tête de l'eau et avoir enfin une récompense pour 5 ans de visionnage et donc de bons et loyaux services) je pense que Samuel va proposer quelque chose de légèrement plus ambigu que ça pour la suite des événements. Ainsi certains le suivront, d'autres le combattront. Les Losties eux-mêmes seront probablement "décimés" entre ces deux camps et s'opposeront. Jusqu'à l'ultime affrontement et à ce qu'un "camp" l'emporte sur l'autre de par ses arguments : oui l'homme est corrompu de par sa nature et ne mérite pas beaucoup d'attention OU non, un homme sur million est véritablement capable d'acte de charité, de partage, d'amour en somme. Et cet homme vaut donc toutes les peines du monde. On croit depuis longtemps au happy end (relatif) de la série mais ce serait tout de même assez dément si Samuel finissait par l'emporter, que Jacob avoue son erreur et que l'humanité soit ensuite anéantie &/ou abandonnée, laissée à elle-même par les dieux. Wow. Quelle fin douce-amère.

* Tout ceci, depuis le début, ne serait qu'une succession d'épreuves arbitraires pour les Losties ? Pour qu'ils comprennent qu'il ne sert à rien de lutter ? Les 12 travaux d'Hercule en somme mais sans même qu'on soit prévenu de notre participation à un jeu. Voilà l'intérêt de beaucoup de fans relancé je pense et c'est le véritable tour de force de ce seasonfinale. Nous voilà aux portes de la conclusion. Le chemin le plus difficile s'annonce. Il va falloir tenter le sans faute, accepter de laisser quelques personnes sur le côté pour s'avancer vers une conclusion claire, cohérente et satisfaisante pour les masses, les millions de fans qui n'en demandent pas moins. Lost a toujours su tirer son épingle du jeu par son brassage intense : de la sf et du new-age et du drame avec de l'humour et aussi de l'aventure entouré de relations amoureuses pour s'avancer vers le mysticisme et etc. On en a, d'après les dires (qu'on peut croire une fois sur deux environ) de Cuse & Lindelof, terminé avec la sf et le voyage dans le temps. Ç'aura été une belle aventure mais très difficile à digérer. Très appréciable mais qui ne me manquera pas. La seule chose qu'on peut véritablement espérer c'est que Lost, pour son sprint final, garde son aspect compil et fourre-tout (à la manière de Sissi l'impératrice ou encore de Star Trek) et permette à tout un chacun de s'y retrouver. Une série qui début sur l'image d'un crash d'avion pour se terminer en affrontement entre dieux, oui, on peut se dire qu'il y a vraiment quelque chose d'incroyable qui a été accompli. Mais n'oublions pas l'humilité l'humour et la désinvolture intrinsèque à la série depuis son commencement. N'oublions pas que Lost n'a toujours été que de la sueur, des ballades en forêt et des coups de poings échangés avec respect et virilité ; que ce sont donc les racines de la série. Que tout le monde s'entretue sous les drapeaux fièrement levés de Samuel & Jacob, pourquoi pas. Mais qu'on n'oublie pas qu'il est avant tout question d'hommes, pas de divinités, d'hommes faillibles avec leurs fêlures, d'hommes qui se débattent et qui doutent. Et qu'entre le point A du 22 Septembre 2004 et le point B qui se situera approximativement en Mai 2010 le véritable héros aura été l'île et son aventure : on aura tous trimés, le plaisir aura été là. Et n'oublions pas l'enseignement de Rose Bernard & Vincent. Cette île nous tous, du monde entier, nous aura rapprochés.

jeudi 1 octobre 2009

Lost 5.15 récapitulation



* Wow. Ça ce n'est pas cool du tout Phil. Regarde, même Radzinsky est choqué.

* Un épisode très efficace malgré son côté bâtard (pas de "centricité" ni de flashbacks, juste les événements de 77 à côté des événements de 2007). Le seul liant là dedans est Richard Alpert. On ne peut pas non plus parler de premier Richard-Centric car nous n'apprenons que peu de choses sur lui (ce sera probablement pour la saison prochaine). Ben nous confirme que Richard est en quelque sorte un conseiller. Rien de très étonnant donc.

* Pourquoi Richard et Ellie agissent de la sorte ? Ça me dépasse. Éloïse (que je croyais brillante) accepte en quelques minutes de devoir faire exploser la bombe H pour effacer "le passé" / "le présent", de façon très vague, et pour ainsi empêcher le meurtre accidentel de son fils (alors que rien ne prouve vraiment qu'il s'agisse de son fils). A la limite je peux comprendre que Richard la suive : c'est sa mission. Charles & Éloïse semble partager le statut de leader dans les années 70. Mais pourquoi Widmore n'essaie pas de l'empêcher dans son entreprise démesurée ? Cette explosion thermonucléaire semble bien plus faire figure de "remise à plat, ou à zéro" de beaucoup de choses plutôt qu'un acte sensé. On en est tous arrivés à un point (et Jack avec nous) où on est sur les rotules, on a juste envie de tout faire exploser et que toute cette folie cesse. Il est aussi agréable de voir que, pour une fois, c'est "notre" camp (les "losties") qui détiennent le pouvoir et qu'il ne vont pas hésiter à s'en servir.

* Le combat qui s'annonce d'ailleurs entre eux pour préserver l'île/ la faire sauter pourrait (ou non) enfin prendre une mesure de ce nom. Il y a toujours eu des dissensions dans le groupe mais il semblerait qu'une force, qu'une amitié sous-jacente, ait toujours préservé la cohésion de ce groupe. Sommes nous enfin arrivés au point de non-retour ? Avons nous enfin atteint le moment où Sawyer serait prêt à tirer et tuer Jack pour l'empêcher de nuire ?

* Observer Les Autres nous confirme un fait qu'on pouvait croire impensable au départ : même Alpert ne comprend rien à tout ça, il est totalement dépassé par l'idée même de voyage dans le temps, et au final personne ne détient assez de savoir pour mettre en branle les convictions des autres groupes. S'il y a vraiment une guerre qui se prépare je me demande bien si les camps concernés savent pour quoi ils vont se battre. Mieux : Les 815ers semblent avoir dépassé les Autres en termes de connaissances et donc de moyens de pressions (mais ironiquement, dans le passé). Quand on se souvient de la peur panique qui se dégageait du nom "Others" en saison 1 ça fait quand même plaisir de voir que les forces se sont inversées.

* Le mystère du compas de marin (ou la boussole) est résolu. Comme je l'ai toujours pensé (même si cela n'est pas annoncé de façon claire) le compas n'est que le produit du voyage dans le temps et n'a ni début ni fin : la cause et l'effet naissent du même geste (comme la poule et l'œuf qui seraient apparus au même moment). C'est Locke lui-même qui prévoit totalement ce coup ! Quelle incroyable confiance ! Il envoie Alpert pour pousser le Locke du passé à se sacrifier. Alpert donne donc ce compas au Locke du passé qui se retrouvera ensuite en 54 pour donner ce compas à Alpert (Locke, celui du "présent", nous le précise bien quand Ben lui demande où l'autre version de lui même a disparu, "il est parti rendre son compas à Richard"). Alors l'idée d'un compas qui n'a ni propriétaire, ni fabrication, ni but précis ça peut sembler idiot. Un compas qui voyagerait "infiniment" d'une main à l'autre, entre 54 & 2007, sans véritable objectif identifié, ça sert à quoi ? Je pense que cela tient plus de l'icône, du motif de la saison (et cela pourrait peut-être même s'appliquer à plus que ça) et de cette idée de voyage dans le temps, de whatever happened, happened, et de aussi, par exemple, de l'idée de personnage qui trame les événements du passé à partir du futur (comme Ben qui envoie Sayid dans le passé en le poussant dans ses retranchements et en espérant, ici je théorise, qu'il lui tire dessus pour qu'il puisse devenir l'homme qu'il est aujourd'hui). Et surtout on en arrive à l'image du self made man parfait : John Locke. John Locke qui (par inadvertance) voyage dans le passé et annonce sa propre arrivée en toute bonne foi. Ce même John Locke qui nous prouve à nouveau dans cet épisode qu'à partir du "futur" il peut prendre sa vie en main et se mettre à mort dans le passé. Toute cette peine et ses actes de fois accumulés depuis la saison 1 font de Locke, à mon sens, le plus grand prodige de l'île. Rien ne prouve qu'il ait été choisi (mais Ben ne l'a jamais été non plus, personne ne l'a jamais été au fond) mais c'est par sa bravoure, ses actes, ses choix, ses belles couilles chauves qu'il a mis en branle tout le système de l'île et que cette dernière, je pense, lui accorde maintenant toute sa confiance. John Locke n'a jamais rien eu à perdre. Et désormais, après mille tests et épreuves, le voilà accédant au trône. Les clés de l'île en main, un but en tête. Je ne vois désormais plus personne capable de prendre sa place. Et dire que tout le monde pensait qu'il n'était qu'un raté. Félicitations John Locke.

* "I watched them all die" dit Richard Alpert. Fait-il référence à la purge DHARMA (92, environ) ou à un événement antérieur, en 77 ? Il ne pourrait pas nous en dire un peu plus quand même ? Et Sun, ça ne l'intéresse pas d'avoir des détails ? Trois possibilités : Jack n'arrive pas à atteindre sa mission et tue malencontreusement tous ses petits copains. Dans ce cas Locke devra changer le passé et essayer de les ramener (ne me demandez pas comment). Deuxième cas : Alpert a cru à leur mort car il les a vus disparaître dans des conditions troubles alors que les 815ers ont juste été déplacés dans le temps (une fois leur mission terminée ?) de 77 à 07 à ce moment-là. Enfin troisième possibilité : on s'en fout, de toute façon Jack va tout faire péter et tout le monde va mourir.

* On aperçoit donc les tunnels qui se trouve "partout" sous l'île en extension du temple. M'est avis qu'on devrait voir plus de ce temple (le véritable foyer de Smokie ?) d'ici la fin de saison. Par contre au niveau logistique je suis un peu perdu : par où va transiter la bombe, doit-elle être amenée spécifiquement au Swan Site, va-t-elle faire exploser l'île dans son entièreté ?

* Ravi de voir Kate qui anéanti tous les espoirs de bonheur de Sawyer et Juliet. Leurs têtes sont impayables. Il va y avoir du rififi entre ce petit monde là, pour sûr. D'ailleurs j'ai beaucoup de sympathie pour Kate depuis quelques temps. On peut comprendre ses motivations : si le vol 815 s'était posé à Los Angeles elle aurait connu la prison et n'aurait jamais éduqué Aaron (ou rencontré Sawyer & Jack). Pourtant je pense qu'au fond elle sait juste qu'il y a quelque chose d'intrinsèquement mal dans le fait d'effacer le passé (et accessoirement faire exploser une bombe à hydrogène qui risque de tuer des centaines de personnes).

* Le nouveau Locke fait plus que jamais froid dans le dos. Qui est-il ? Quel est son but ? Quand il dit à Alpert qu'il lui reste 3 minutes devant lui on remarque bien que Locke écoute quelque chose. Écoute l'île selon ses dires. Alors, est-il le vrai prophète, celui qui parlera à tous au nom de l'île ? Est-il au dessus des lois, de Widmore, de Ben, et même de Jacob ? Et par dessus tout, est-il vraiment encore lui-même ou est il possédé par une toute autre entité ?

* Ben prépare quelque chose dans sa petite tête, c'est obligé. Il cire trop les pompes de Locke (et il l'a compris, c'est évident) et essaie trop de se rapprocher d'Alpert. Il ne faut pas oublier que ce type est une menace constante pour le statut de leader de Locke. Par contre en ce qui concerne Richard je pense qu'on a pas de souci à se faire : il a déjà supporté des leaders très extrémistes, dû mettre en route la Purge de la DHARMA, etc. A moins que la dernière lubie de Locke ne soit l'acte de trop (à savoir assassiner Jacob).

* Qui est Jacob ? Existe-t-il seulement ? Pourrait-il simplement être une invention de Locke (dans l'idée du compas) quand, en 54, il déclare "C'est Jacob qui m'envoie" ? Est-ce ainsi devenu une figure réutilisée pour effrayer le peuple et légitimer les actions des leaders en place ? La phrase "So I can kill him" de Locke peut prendre plusieurs directions. Il veut peut-être débarrasser son peuple du mythe Jacob en leur prouvant qu'il n'y a "personne derrière le rideau" et que tout ça n'est qu'un jeu d'ombres ; qu'il n'y a aucun Jacob. Peut-être veut il délivrer Jacob (souvenez-vous lors de son apparition dans le 3.20 Jacob, en un instant, se montre et dit "Help me" à Locke) ou encore peut-être veut-il s'ériger au-dessus de la loi suprême de l'île (si Jacob est le leader suprême, rien ne nous l'assure, il n'est peut-être qu'un étrange con coincé dans une cabane). Tout ce que j'ai à dire c'est que ça nous laisse espérer une nouvelle (et véritable ?) apparition de Jacob pour très bientôt.

* N'oublions pas que pendant ce temps (sur l'Hydra Island) Ilana, Bram et le captif Lapidus sont en route pour déclencher du grabuge.

* Sun ferme ta gueule maintenant. Dire que j'ai cru en toi en début de saison quand tu traînais avec Widmore ; tu n'es définitivement qu'une éternelle ratée.

Lost 5.14 récapitulation



* Solide introduction à ce qui sera le dernier acte de la saison (on nous présente les enjeux, les conflits, les possibilités). Jeremy Davies nous prouve qu'il n'a rien à envier à Michael Emerson ou à Terry O'Quinn. Les camps sont donc dressés, les missions assignées : on n'a plus qu'à attendre que tout ce petit monde se mette joyeusement sur la gueule d'ici la fin de saison.

* Pour une fois un personnage qui a un Œdipe irrésolu mais qui préfère séduire sa mère plutôt que de buter son père sans réfléchir (il ne le connait pas, c'est peut-être pour ça). Je ne crois pas avoir la réponse un jour mais quand même, mis à part pour camoufler la petite faiblesse du ressort scénaristique (la révélation de l'identité du père de Faraday : Charles Widmore) et probablement prouver que les scénaristes inventent effectivement pas mal de l'histoire en chemin, j'aimerais bien savoir un jour pourquoi Daniel porte ce patronyme. Un éventuel père adoptif ? C'est le problème de la mort dans Lost : on reste malgré tout à se poser encore beaucoup de questions sur le personnage concerné. Car pour moi nous avons assisté au râle de Daniel ; je ne le vois pas sauvé in extremis la semaine prochaine. Ça détruirait toute la tension (totalement cruelle) bâtie au fur et à mesure de l'épisode. Penny n'aura jamais connu son demi-frère, Daniel n'aura jamais appris l'identité de son père, sans même parler du "sacrifice" d'Eloïse Hawking et des réflexions qui ont dû traverser l'esprit de Faraday lors de ses derniers instants. On atteint là le paroxysme de la cruauté fictionnelle (peut-être même plus qu'avec Nikki & Paolo enterrés vivants).

* Bon côté de la mort d'un personnage dans Lost : rien ne lui interdit de réapparaître faire un petit coucou en tant qu'apparition de l'île, fantôme ou juste dans un flashback. J'espère. Jeremy Davies et son personnage étaient une belle addition à l'univers de la série.

* On déploie donc, du début à la fin de l'épisode, beaucoup d'explications sur la personnalité de Daniel. Tous ses actes de la saison précédente étaient donc conditionnés par un énorme trouble de mémoire. On comprend donc qu'après la visite de Desmond (The Constant, saison dernière) Daniel a continué ses recherches sur le voyage dans le temps. Sa chère Theresa s'est retrouvée "délogée du temps" et comateuse et lui grandement diminué. On revient donc sur beaucoup de choses. L'île l'a guérie et lui a permis de partir pendant 3 ans à Ann Harbor pour étudier on ne sait trop quoi et en revenir plein de nouvelles convictions.

* Il y a aussi un joli gunfight.

* Dernier clou dans le cercueil : la confirmation orale, de Widmore lui-même, concernant le faux crash du vol 815 qu'il a mis en scène. Certains croient encore qu'il aurait pu mentir (pour des raisons qui commencent à me dépasser) mais je pense que malgré tout Lost essaie de garder un petit souci de lisibilité et qu'on peut donc prendre la déclaration de Widmore pour argent comptant.

* On se demande quel sera l'avenir de Desmond & Penny après l'épisode de l'hôpital. Cette déclaration vaut-elle comme preuve qu'il ne quittera plus jamais sa Penny ? Faraday nous expliquait pourtant en début de saison que Desmond était "un miracle", probablement à cause de son exposition à l'énergie débordante de l'île après avoir tourné la clé, fin de saison 2, au moment où la Swan Station faisait des siennes (information à confirmer bien évidemment). En tout cas ma première réaction après le moment du câlin Penny/Desmond aura été de m'inquiéter pour le petit Charlie. Widmore aurait très bien pu en profiter pour le kidnapper et ainsi forcer Desmond à retourner sur l'île (pour l'utiliser dans sa guerre personnelle). Cela me semble à peu près la seule option envisageable en ce qui concerne l'éventuel retour de Desmond sur l'île (après le fiasco de la tentative de meurtre sur Penny qui aurait constitué également une raison valable et convaincante).

* Quelques scènes exemplaires : Charlotte répète "I'm not allowed to have chocolate before dinner", ses derniers mots, devant Daniel. Un moment tire-larmes mais absolument efficace. Je parlais précédemment de la cruauté de la dernière scène, on peut également s'interroger sur son sens. Il faut sûrement se dire que Faraday n'a pas toute sa tête et qu'il a perdu les pédales, mais tout de même : foncer tête baissée pour menacer Richard Alpert déguisé en membre de la Dharma Initiative, ça tient quasiment du suicide. Peut-être qu'à un certain niveau de son inconscient Daniel avait une véritable envie de mort (car empêcher l'Incident en 4 heures en faisant exploser une bombe à hydrogène tout en évacuant l'ensemble de l'île, c'est quand même un sacré boulot) et qu'il espérait que quelqu'un (comme Jack) pourrait prendre le flambeau. En plus si Jack réussit, si la bombe explose, le vol 815 ne s'écrase pas. Donc Daniel Faraday et tous les membres de l'expédition fomentée par Widmore ne partent par sur l'île. Donc Faraday est sauvé, "ressuscité" ? Je reviendrai sur cette idée plus tard.

* L'un des grands mystères de Faraday est son journal et la fameuse phrase "If anything goes wrong Desmond Hume will be my constant". On a souvent théorisé sur le fait qu'à l'image de la boussole échangée à l'infini entre Alpert et Locke le journal pourrait être un de ses objets qui voyage du futur dans le passé. J'ai longtemps cru que Faraday remplirait son carnet pendant l'époque Dharma pour le passer à sa mère en 77. On comprend maintenant que si Faraday regardait souvent son journal d'un air ahuri c'était parce que sa mémoire lui faisait défaut et qu'il avait presque tout oublié de ses recherches passées. Après, il est possible que sa mère (ou quelqu'un d'autre), en 77, garde le journal et en fasse quelque chose. Gros point noir mystérieux : pourquoi, en lisant son journal, Faraday réussi à prévoir l'heure d'arrivée précise du Dr. Chang à The Orchid ? Est-ce parce qu'il a passé sa jeunesse (années 80/90 donc) à étudier l'histoire (dans les détails) de la DHARMA ? Peut-être bien.

* L'incident serait donc l'énergie électromagnétique de l'île qui "surchauffe" et se libère pour bouleverser ses habitants. Cela entraînerait donc la condamnation de The Swan et la création du protocole du bouton. C'était déjà plus ou moins ce qu'on imaginait. A moins que Jack vienne mettre son grain de sel et, sans forcément changer le passé, fasse quelque chose de différent qui constitue le véritable "incident".

* Miss Hawking fait figure d'ultime mystère de l'épisode (et de la série) après The Variable. Comment connaît-elle l'avenir ? Est-ce un don offert par l'île ? A-t-elle gardé le journal de son fils pour y apprendre toutes ces informations ? Probablement pas car en saison 3 (Flashes before your eyes) elle prédit à Desmond la mort d'un homme aux chaussures rouges. Elle a donc un réel don de voyance. Alors pourquoi jeter son fils dans la gueule du loup ? Doit-elle agir de cette manière pour que son fils entame une action bien précise ou respecte-t-elle juste les "règles universelles du destin" qui disent qu'elle doit répéter ce schéma d'événements car c'est comme ça que les choses se sont passées à l'origine ?

* Miss Hawking dit travailler pour le destin. Pourtant le destin, par définition, n'a besoin de personne et est impossible à empêcher ou à forcer. Cette belle excuse qu'elle utilise elle y croit peut-être (encore un personnage leurré, comme beaucoup) mais je pense que son employeur est bien plus palpable que le destin. L'île, Jacob peut-être, lui donne ses instructions. Et quand elle force Faraday à rejoindre l'île elle ne fait pas le travail du destin mais elle remplit simplement une tâche qui lui a été assignée.

* La variable est-elle un leurre ? Est-ce que Desmond, le seul (prouvé) qui peut changer le passé est la variable ? Miss Hawking dit ne plus réussir à prédire l'avenir uniquement parce que Faraday est entré en contact avec Desmond dans le passé ce qui a changé le cours des événements que Hawking connaît sûrement par cœur. Dans ce qui ressemble de plus en plus à une irrémédiable boucle Desmond a jeté un grain de sable dans la mécanique. Est-ce que cela sera suffisant pour changer quelque chose au passé ? A moins que Desmond atteigne 1977, je ne pense pas.

* Il aura fallu 3 ans à Ann Harbor pour que Faraday revienne et se dise que, finalement, sa fameuse théorie du "Whatever happened, happened" était caduque ? C'est ça, un génie ? Non. Je pense simplement que Faraday a décidé d'agir en homme et de se battre contre les éléments, sa raison en tête, et toutes les preuves scientifiques. Par amour pour Charlotte il aura décidé de tout faire pour changer le passé. Et comme on nous l'a déjà prouvé de nombreuses fois (épisode 10, he's our you, Sayid tire sur Ben et Kate tente de le sauver par la suite) c'est en essayant de changer le passé qu'irrémédiablement on le précipite. Et tout ce à quoi on assiste dans cet épisode, la demande d'évacuation adressée à Chang, le discours de Faraday à la petite Charlotte, sa mort, continue à nous prouver que rien ne peut-être changé dans le passé ; que tout continue à avancer lentement le long du fil du temps. C'est cette bataille titanesque contre la raison qui donne beaucoup de saveur à cette fin de saison.

* Ce centième épisode constitue en tant que tel une grande ouverture théorique qui caresse dans le sens du poil mon côté puriste, mon côté fanatique acharné de la première saison de Lost. Je veux dire par là qu'on nous arrose de belles histoires, de destins incroyables, de batailles plus grandes que n'importe lequel d'entre nous mais qu'au fond on est complètement berné par le geste, par la coquille, mais que l'œuf reste totalement vide à nos yeux. S'il y a vraiment une guerre qui se prépare nous n'en connaissons pour le moment aucun détail. Et la série prouve bien qu'elle possède des scénaristes de talent qui sont capables de vider leur récit des informations les plus essentielles (à savoir : qui contre qui, pourquoi, qui est-on) pour ne mettre en valeur (et en vigueur) que les mécanismes et les ressorts offerts par le médium. On reste dans cette zone sombre entre le bluff et le génie, celle où il nous est interdit de savoir si les scénaristes savent où ils vont (ils nous le disent mais au fond, qu'est ce qui nous le prouve ?) où s'ils déploient devant nous une ossature lourde du roman d'aventure moderne où chaque pièce sera, en fait, interchangeable. Comme un traité ou un petit manuel. Souvenez vous, au début de Lost chaque personnage n'incarnait qu'un cliché, le sauveur, l'illuminé, le badguy, la belle pépée. Et c'est en travaillant au corps ces clichés que Lost a gagné en qualité et en maturité. Pourtant au départ ces personnages ne représentaient que des figures de la littérature moderne et c'est par leurs interactions qu'on s'excitait ; on ne savait même pas vraiment qui était ces gens. Maintenant nous avons avancé. Nous savons globalement à qui nous avons affaire. Pourtant, je persiste : cette saison nous aura aidé à poser un cadre (avec les égyptiens, le retour dans le passé, etc.) mais nous sommes encore totalement aveugles face à la guerre qui se prépare et le véritable fond de l'histoire même de Lost. Et avec The Variable les scénaristes tirent la laisse d'un coup sec et nous empêchent de baver : si on avait cru comprendre quelque chose de tout ce marasme c'est que nous nous étions bien fourvoyé. Ils nous prouvent à nouveau qu'ils sont les seuls vrais maîtres à bord.

* La bombe soulève un grand paradoxe. Je suis persuadé que Jack voudra la déclencher pour mettre en œuvre le projet de Faraday. Et honnêtement cela semble tout indiqué : l'île a tout de même "transporté" Jack et les autres en '77 et si j'essayais de trouver un sens à cela, à la place de Jack, je me dirais que je dois empêcher toute la misère que j'ai vue dans le futur. Mais quel est le procédé exact, Jack doit-il détruire la poche d'énergie sous la station The Swan ou toute l'île ? Kate paraphrase Locke en expliquant "qu'effacer tout ce qu'on a vécu est un acte de folie". Malgré la mort de Mister Eko, de Charlie, de Boone ou encore de Faraday, tous ces sacrifices ont un sens, un but que cherche à atteindre l'île ; on commence à en être persuadé. Jack, encore une fois, se complaira dans l'erreur (mais cette fois-ci je comprends bien ses raisons) en essayant de changer le passé (ce qui, je pense, reste chose impossible).

* Le paradoxe en question est donc celui-ci : comment Jack pourrait empêcher l'incident (en 1977) si le vol 815 ne s'écrase pas sur l'île en 2004 (mais atteint Los Angeles) et donc que Jack n'a aucune idée de ce qu'est l'île ? On atteint avec l'idée de la bombe empêchant l'incident l'exemple parfait du paradoxe temporel. Jack ne peut pas empêcher l'Incident en 1977 car cela l'empêcherait d'atteindre l'île (une première puis une seconde fois) et cela l'empêcherait donc de revenir dans le passé pour empêcher l'incident. C'est les limites de la petite logique (de fiction) du voyage dans le temps. Il ne faut pas trop s'interroger sur ces histoires de fous. Dans l'essence on reste dans le territoire du "Whatever happened, happened" (je commence à devenir au moins aussi rabâcheur que Faraday). C'est un peu comme si quelqu'un voyageait dans le passé pour tuer son propre père (parce que son père serait un bourreau d'enfants par exemple) en occultant totalement le fait que tuer son père entraînera sa propre "extinction" et nous mettra face à une sorte de dilemme chaotique de proportion démente : tuer mon père m'empêche de venir au monde et donc de tuer mon père. Certaines nouvelles de la littérature de science-fiction ont entraîné la fin du monde pour moins que ça.

* Impossible de déclencher Jughead donc et d'empêcher l'incident. La destiné, ou une force, ou l'île elle-même, l'empêchera. Sauf qu'on a l'impression que ça fait déjà des années qu'on nous saoule avec ce "whatever happened happened" et que cela ne serait pas très étonnant si les auteurs choisissaient ce moment pour inverser la vapeur et nous montrer l'inverse.

* Le cliffhanger final de la saison sera-t-il l'explosion de l'île et le futur modifié ? Une nouvelle réalité ? Quelque chose d'à nouveau plein de confusion et d'audace ? Je ne suis pas sûr d'apprécier l'idée. Remettre les compteurs à zéro, annuler cinq saisons de très bonne télévision, ne serait-ce pas l'acte de trop qui rendra les fans furieux ? Et j'espère avant tout que (car on peut s'y attendre bien sûr) la dernière scène de la saison, scène à tous les coups folle furieuse et spectaculaire (surnommée cette année The Fork in the Outlet, littéralement la fourchette dans la prise électrique), ne consistera pas en un événement que j'ai pu (et que tout le monde a pu) deviner trois épisodes à l'avance. Moi, je veux qu'on m'appâte avec quelque chose de brillant pour mieux me prendre par derrière et me frapper sur la nuque avec un bâton !

jeudi 24 septembre 2009

Lost 5.13 récapitulation



* Wow. T'as le look coco.

* Dernier repos avant le sprint final (pour rappel il y aura, cette saison et la prochaine, 17 épisodes dans chaque). Miles et Hurley interagissent et c'est très plaisant à observer. Après tout, ils ont beaucoup à partager : leurs tendances un peu geek (ahah, c'est vrai que Star Wars aurait pu être différent et sensiblement plus cool si Luke Skywalker et Dark Vador avaient décidé de communiquer plutôt que de se mettre sur la gueule), leurs discussions récurrentes avec les fantômes et leurs problèmes de paternels. Depuis le début de la série on sait bien que "All the best cowboys have daddy issues", n'est-ce pas ? Kate tue son père (qu'elle pensait être son beau-père), Locke demande à Sawyer d'exécuter le sien, Jack n'ose pas le faire mais n'en pense pas moins, etc. J'aimerais bien savoir ce que pensent de tout ça les papas des principaux auteurs de la série. C'était au départ théoriquement un véritable parti-pris mais cela commence à ressembler à de l'acharnement.

* Alvarez le cadavre semble avoir trop traîné du côté de la "source" du puissant champ électromagnétique de l'île. Et ça ne pardonne pas. Je continue à penser que Jughead a à voir avec ce champ électromagnétique (mais je ne suis ni physicien ni spécialiste en tête nucléaire alors même si la possibilité que Jughead dégage un champ électromagnétique est de l'ordre du possible et du réaliste un tel champ me semble tout de même d'une proportion "fantastique"). On assiste donc à la construction de The Swan (le champ électromagnétique, le bouton) d'un côté et de The Orchid (la roue et le voyage dans le temps pour les ptits loups !) de l'autre. 77 était une année bien remplie pour la DHARMA. Maintenant je peux comprendre qu'ils décident de ne pas parler de la mort d'Alvarez pour ne pas effrayer les foules mais pourquoi l'amener à la station The Orchid ? Peut-être pour essayer de faire voyager son cadavre dans le temps (on sait qu'ils utilisaient des lapins numérotés pour leurs premières expériences, ils veulent peut-être passer au niveau au-dessus).

* Les pouvoirs de Miles sont censés se limiter à l'écoute de la dernière pensée d'un cadavre. Ou plutôt à "lire" ses entrailles (sans le côté gore, dommage) comme une sorte de cv ou de carte d'identité. Hurley se vante de pouvoir converser avec eux et même jouer aux échecs contre eux. Miles ne trouve pas ça très sérieux. Pourtant si on se souvient du premier flashback de Miles (épisode 4.02) ce dernier venait apparemment utiliser une machine toute droit sortie de Ghosbusters et il conversait avec un esprit. Ce dernier lui indiquait même une cachette où il avait pu stocker de l'argent. Encore un détail qui a le goût d'une erreur de continuité ; ou bien Miles a plusieurs "pouvoirs" à son actif et préfère démentir en bloc les allégations d'Hurley parce qu'il a toujours caché son talent aux autres. Il me semble en tout cas assez clair qu'Hurley ne possède aucun pouvoir, au mieux une sensibilité particulière, mais que tous ces fantômes qui peuplent son entourage sortent plutôt de son esprit un peu dérangé.

* Remarque : on voit évoluer un tout jeune Miles et un Miles adulte au même endroit et au même moment (en '77 donc). Dans la littérature sf habituelle rien que ce genre de rencontre aurait dû occasionner un sursaut dans l'espace-temps ou au moins une réaction. Voir même la fin des temps. On en semble assez loin ici. Plusieurs versions de la même personne sur l'île ne "semble" pas avoir d'effet immédiat (je continue à croire que le tout jeune Faraday galope dans la nature avec ses parents les Autres au même moment). Mais peut-être que toute cette accumulation de rencontres impossibles, de tentatives de changements dans la course temporelle et de paradoxes possibles va finir par entraîner un... incident ? Le même incident mentionné par Hurley dans cet épisode, celui qu'on devrait voir survenir bientôt dans la série, celui qui mit en place la routine du bouton à pousser toutes les 108 minutes pour "sauver le monde" ?

* Bien content de revoir la splendide Naomi. Miles auditionne donc feu Félix et nous apprend qu'il devait amener des photos de tombes vides à Charles Widmore. Il mentionne a peu près tous les papiers qui doivent nous convaincre que Widmore est bien l'homme qui a mis en place le faux avion Oceanic 815 pour faire croire à la mort de l'équipage. On s'en doutait déjà même si Widmore (à travers le capitaine Gault la saison dernière) accusait Ben des mêmes actions, ce qui semblait tout aussi envisageable. Cela ressemble donc bien à une confirmation.

* $3.2 millions est donc ce que Miles exige de Bram après son rapt (le double de ce que lui propose Widmore). C'est également ce que Miles exigeait de Ben la saison dernière. Quelle signification donner à ce chiffre ? Pas grand chose à mon sens si ce n'est que Miles aime croire qu'il travaille pour l'argent même si ce n'est qu'une toute petite compensation comparée au vide dans son cœur de petit enfant abandonné par son papounet. Bram dit travailler pour "l'autre équipe". J'ai toujours supposé que Widmore représentait un camp et Ben l'autre dans la confrontation à venir (qu'on prévoit depuis la saison dernière au moins). J'imagine que Miles a supposé comme moi et qu'il demande donc le même montant quand il rencontre Ben en supposant que Bram est l'un de ses employés.

* Qui est ce Bram ? On le voit ici apparaître pour la seconde fois (l'épisode dernier il était de pair avec Ilana et menaçait encore quelqu'un à base de "What lies in the shadow of the statue ?", question qui semble avoir plus de sens que ce que j'imaginais au départ). Il semble vouloir nous prouver qu'il ne travaille pas pour Charles Widmore. Il dit à Miles qu'il le veut avec lui et surtout qu'il veut que Miles ait envie de rejoindre son équipe. Peu importe l'argent (bien sûr). Même l'argument de retrouver son père ne sera pas suffisant pourtant. Alors j'entrevois deux possibilités : Bram et Ilana (et peut être d'autres passagers du vol 316) font équipe et font partie des gens qui aident Ben hors de l'île (comme Jill la bouchère qui au début de cette saison gardait le corps de John Locke bien à l'abri dans sa boucherie). Cela pourrait expliquer qu'ils aient laissé Ben quitter l'Hydra Island sans lui faire de leçon (enfin, sauf Caesar qui a dû en payer le prix mais il n'avait peut-être rien à voir dans tout cet imbroglio). Autre possibilité enfin : Ben et Widmore, malgré leurs désaccords et leur lutte pour le pouvoir, font partie (au départ) du même camp : Les Autres, résidus du peuple égyptien, protecteurs de l'île. Bram & Ilana sont peut-être les agents de quelqu'un d'autre (comme toujours... The Economist ?), d'une autre faction qui n'aurait peut-être pas à cœur le bienfait de l'île. Ou peut-être même sont-ils les émissaires d'une nouvelle Dharma Initiative reconstituée. Car après tout même si les membres de la D.I. furent purgés en '92 ce n'est pas pour autant que la Dharma s'est éteinte. On peut supposer que ses grands pontes (Alvar Hanso, les DeGroots, ou d'autres personnages qu'on ne connaît que de nom, comme les premiers là hein, rassurez-vous) travaillent à retrouver cette île et n'hésiteront pas à utiliser des méthodes plus expéditives cette fois-ci pour éviter la débâcle de leur première tentative.

* On remarque, au moment où Jack essuie le tableau noir dans la classe, tout un historique (de la langue et donc des hiéroglyphes) très peu exhaustif des différentes époques du "règne" et de la gloire du peuple égyptien. Il ne m'en faut pas plus pour confirmer "mes" soupçons (l'épisode dernier était déjà suffisant, je vous l'accorde) : le peuple égyptien a traîné dans le coin pendant un moment et a probablement donné vie au groupe qu'on connaît aujourd'hui sous le nom d'Autres ou encore d'Hostiles.

* Ça sent le sapin pour notre équipe de joyeux lurons coincés dans les années 70. Tout part à vau-l'eau. D'ici peu de temps ils vont devoir s'expliquer, se battre, se rendre, ou s'enfuir. Et cela ne se fera pas sans accroc, ça paraît évident.

* Vrai seul rebondissement agréable de l'épisode : Daniel Faraday est de retour et il en veut ! Il semblerait qu'il soit parti pour Ann Harbor (Université du Michigan, base de la DHARMA) fomenter de nouvelles recherches et potentiellement transmettre son savoir. A-t-il donc essayé d'en apprendre plus sur les règles du voyage dans le temps ? S'est-il forgé une nouvelle opinion sur la question ?

* Break dans le programme la semaine prochaine. On se retrouve le 29 Avril pour un épisode anniversaire (la 100ème heure de programme) qui a donc de grosses promesses à tenir. Sans en dévoiler trop je peux juste vous informer que l'épisode s'intitule "The Variable" et qu'on peut donc imaginer qu'il est l'épisode-jumeau de "The Constant" (le fameux épisode de la saison dernière où Desmond est atteint d'une maladie qui fait voyager son esprit à travers les différentes époques de sa vie). Et oui, rien que ça.

Lost 5.12 récapitulation



* Immortalisée dans cette photo (aussi belle que du Indiana Jones) toute la qualité plastique, un peu pauvre et émouvante aux larmes de cette séquence, celle du jugement de Ben (qui avec quelques unes, comme l'ouverture de la saison 2, l'exécution d'Alex ou encore la première apparition de Jacob, entrent directement dans le panthéon très particulier des meilleures scènes de la série). Un épisode d'excellente facture dont le seul défaut réside dans le fait que depuis "The Man behind the Curtain" ou encore "The Shape of Things to Come" on commence à savoir que quand Ben & Locke interagissent ensemble on a là inéluctablement les meilleures qualités de jeu et d'attitude de toute la série. Je me suis peut-être un peu trop habitué à leur génie. Néanmoins les auteurs savent toujours en tirer un très bon parti : on ne les fait pas intervenir trop souvent comme pour souligner leur grandeur.

* Le Locke 2.0 est un homme neuf et peut-être même plus vraiment un homme. Il déjoue tout, part sans prévenir dans la jungle (une visite de politesse à Jacob ?) et se paie même le luxe de ne pas en vouloir à Ben. Ben le répète bien "Dead is dead", et on ne peut revenir de ça. C'est la vraie première terrible preuve que Locke a été choisi par l'île. La mort ne l'arrêtera plus. Il sait désormais des choses que même Ben ignore. Il entame enfin véritablement son rôle de leader.

* Michael "Emmy" Emerson est même un cran au-dessus en termes d'expressions et d'exploitation d'un personnage. Il est d'ailleurs le seul (avec Nestor "Richard Alpert" Carbonell) à ne pas avoir 3 versions de lui-même (comme Charles Widmore, par exemple) mais à continuer à soigneusement reprendre son rôle même si des décennies d'écarts diégétiques s'imposent. Il s'offre aussi grâce à ça une bonne place dans le concours de perruques de l'épisode (Widmore termine premier). On ressasse son penchant pour la maternité et on effleure ses blessures les plus profondes sans vraiment jamais les évoquer. On comprend plus que jamais tout le mal que Ben a pu faire (avec également la scène où il se fait "bousculer" par son père en '77 devant Sayid). Cela l'empêche également d'assassiner Penny (je suis déçu mais ça ne m'étonne pas que les scénaristes n'aient pas les couilles de le faire) quelques heures avant le décollage du vol 316. Les intentions du retour (plus que probable) de Desmond sur l'île devienne donc de plus en plus obscures.

* Le Smoke Monster déplie ses griffes et nous apprend beaucoup de choses. L'appel de Ben au Smoke Monster est d'une saleté rare. Le Smoke Monster vit-il dans une fosse septique ? Il semble donc qu'il n'aime pas l'eau. Nous apprenons donc qu'il y a bien un temple qui joue un rôle très important sur l'île et ce dernier est très bien caché. Le Smoke Monster vit en dessous. Il est une entité puissante de pardon et de jugement. Il peut prendre forme humaine, "mandater" un mort pour habiter son corps et parler aux vivants (souvenez-vous Yemi, le frère d'Eko, qui juge ce dernier dans la saison 3. Eko refuse la repentance et le Smoke Monster le tue). Cette entité est proche du dieu Anubis (la statue, pour moi) et on parle de Thoth par exemple ou d'autres divinités égyptiennes mais ce n'est pas ce qui me semble fondamental ici. Les premiers habitants de l'île, les Autres, furent des Égyptiens (ou un vieux peuple éteint un peu cool comme les Byzantins ou des dérivés) ou peut-être un peuple fictif mais très proche, en essence, des Égyptiens. Ils y ont découvert un dieu sur terre, le Smoke Monster, et lui ont sûrement bâti un temple et se sont décidés à protéger son antre (dans le sens : l'île). Il apparait d'abord à Ben comme une traînée de fumée sur le sol, puis lui expose ses fautes dans une séquence cheap (le quotidien de Lost) et donc d'autant plus casse-gueule et émouvante. On peut, après cet épisode, définitivement dire que nous avons atteint un point dans la série où nous comprenons Lost, où nous comprenons où la série veut en venir et où se dessinent ses grandes lignes (et il y a de ça seulement un an j'aurais été à mille lieues de dire ceci, ce qui prouve une nette avancée dans la mythologie de la série). Divinité, peuples, combat pour le pouvoir, élection, Jacob ? Je n'ai pas besoin d'en savoir beaucoup plus pour être satisfait. Je veux continuer à avancer dans l'obscurité, même si je sais maintenant dans quelle pièce je me trouve. Il ne faut pas trop en dire, ce serait perdre l'essence même du show.

* Ahahahah c'était donc à ça qu'il servait, Caesar ?
Honnêtement je ne crois pas à sa mort.

* Les 316ers, justement, prennent une nouvelle dimension (à 50% dans mon excitomètre). Alors, nouvelles troupes de Widmore fraîchement débarquées sur l'île ? Ceux-là même par qui Widmore pourra revenir sur l'île et affronter Ben (et Locke ?) dans l'ultime saison ? C'est peut-être même Widmore lui-même dans leur grosse boîte ahahah. Ou un contingent d'armes. Lapidus nous permettra donc de suivre l'évolution de ces jeunes bougres. Le "What lies in the shadow of the statue" (réponse sensée : The Orchid ? Jacob ?) me semble bien plus un code pour savoir "qui en est/qui n'en est pas" plutôt qu'une véritable question. On avait déjà assisté au même procédé en saison 2 avec le "What a snowman says to another snowman? smells like carrot" de Desmond & Kelvin et également le "Tell my sister I love her" de Naomi au moment de son râle. Après ils peuvent bien faire ce qu'ils veulent, ils ne m'inquiètent globalement pas beaucoup (souvenez-vous, épisode 5.07, Walt disait à Jeremy Bentham qu'il avait fait un rêve où il était en costume et où des gens autour de lui cherchaient à lui faire du mal) et s'ils le veulent ils peuvent bien mettre un terme à la vie de Lapidus ; depuis qu'il a perdu sa barbe je ne l'aime plus beaucoup.

* On comprend maintenant mieux le contentieux Widmore/Ben. Première apparition d'Alan Dale sur l'île ! Il y a donc certaines règles à suivre sur l'île. Widmore en a violé une en ayant un enfant (Penny probablement) avec une étrangère et en quittant régulièrement l'île (ce que Ben s'empressera de faire après le bannissement de Widmore). Je pense que cela sert avant tout d'excuse à Ben pour lui permettre d'évincer Widmore (trop à cheval sur les règles selon lui ? trop à l'écoute de Jacob ?) et de prendre le contrôle de l'île. On comprend rapidement qu'il y a de grosses dissensions sur le management même des Autres selon l'un ou l'autre leader. Pour moi Ben a été sauvé (à mauvais titre) au temple grâce à Alpert (et non selon la volonté de Jacob) et n'est donc pas élu. D'où la guerre personnelle entamée entre Ben & Widmore. L'un n'en fait qu'à sa tête, l'autre ne fait que ce qu'on lui dit. Peut-être qu'il est temps que quelqu'un d'autre clarifie tout ça (Locke, ou peut-être même... Jack !?).

* Danièle Rousseau, dans la saison 2, capture Ben. Tout ce qu'elle a endurée depuis 16 ans lui a fait perdre la mémoire ? Elle ne se souvient plus du visage de l'homme qui a kidnappé son enfant ? Ou alors c'est à cause de l'obscurité. Difficile à dire (et là encore à la première vision je criais à l'erreur de continuité). On peut très bien supposer que Rousseau se souvenait de Ben (dans la saison 2 elle "l'offre" à Sayid en lui assurant que c'est un Autre, et qu'il ne faut pas le croire) mais qu'elle ait préféré que les survivants du vol 815 s'occupe de lui. Et cela aura fini par payer. Elle aura pu retrouver sa fille et passer du bon temps avec elle. Enfin, trois ou quatre jours de bon temps. La cruauté quasi-accidentelle (l'actrice jouant Rousseau a demandé à quitter la série) de Lost continuera toujours de m'amuser.

* On a maintenant, globalement, tout le schéma de la continuité de la vie de Ben sur l'île et il semble, à première vue, truffé d'erreurs. Seulement si on le déplie on se rend compte que cela (avec de la chance) tient tout seul mais flirte avec l'erreur de continuité. Pour résumer disons donc que Ben est né dans les années 60, arrive sur l'île au début des années 70 et est sauvé par les Autres en '77. En '88/'89 (moment de l'arrivée sur l'île de Rousseau) Ben et Ethan traînent très souvent avec les Autres et kidnappent Alex. Ils passent aussi beaucoup de temps en tant qu'espions au sein de la Dharma Initiative. En '92 Widmore (sur les ordres de Jacob ?) décide finalement de purger tout ce petit monde (grâce à la Tempest Station) et Ben et Ethan font partie des rares rescapés. Ben assoit sa position et quelques mois plus tard il exile Widmore (trop rigide à ses yeux). Widmore recherche l'île depuis (on a entendu plusieurs fois, dans cet épisode d'ailleurs, que Widmore cherchait l'île depuis 20 ans. Alors, faute dans la continuité ou éternel problème de l'éventuel fossé qui existerait entre le temps qui se déroule hors de l'île et le temps qui passe sur l'île ?).

* Constatation : Ethan & Ben font partie de la Dharma et des Autres en même temps. Ça semble un peu facile (Goodspeed et Roger Linus ne se souciaient pas de leurs absences prolongées ?). Donc Ethan ne fut pas sauvé de la Purge par la compassion de Ben uniquement. Il est fort probable qu'Ethan soit le fils d'un Autre et c'est ce qui lui vaut sa place parmi les Autres. Donc Amy (et sûrement Paul, son défunt mari) sont des Autres et Amy est, selon moi, obligatoirement une taupe au sein de la Dharma.

* Eloïse Hawking aurait-elle eu Daniel Faraday sur l'île avec un Autre ? L'arbre généalogique de cette famille ne cesse de se complexifier.

* "Every time you hear whispers you run the other way" dit Ben à Rousseau comme menace suprême. Est-ce une confirmation que les chuchotements ne sont que les Autres qui traînent dans la jungle ou plutôt la piste définitive que ces chuchotements ont plutôt à voir avec le surnaturel, avec la présence du Smoke Monster et donc de la mort qui approche (car Alex et Rousseau doivent mourir, c'est l'île qui le veut, d'après Widmore du moins) ?

* Ben se souvient-il de sa rencontre avec (au moins) LaFleur, Juliet et Miles dans les années '70 ? Sûrement. Se souvient-il de Sayid, Hurley, Kate et Jack ? Il m'a tout l'air de mentir quand il voit cette vieille photo poussiéreuse de la Dharma.

* Le plateau de RISK dans la maison de Ben confirme bien que ("pour le moment" dans le déroulement de la série, au moins) pas le moindre détail du passé n'a été modifié. John Locke, Sawyer et Hurley ont bien tenu cette partie durant la saison 4 quand ils se protégeaient des hommes de Widmore. Rien ne change.

* C'est sûrement la première fois que je le dis (et que je le pense) mais bravo Michael Giacchino pour le travail formidable sur la musique de la série. C'est dans ce type d'épisode qu'on se rend compte de son rôle essentiel.

* Ben est excusé mais forcé à suivre John Locke et à en devenir son premier apôtre. Va-t-il réussir à résister à l'attraction du pouvoir ? Ce qui est sûr c'est que si le Smoke Monster l'a laissé en vie il a encore un rôle important à jouer dans la dernière partie qui s'annonce.


Errata : Remarquez l'emphase sur les pieds et les chaussures de John Locke qui continue depuis le 5.07 (je n'avais pas vu ça depuis Children of Men) // Il est possible que les 316ers soient possédés par le Smoke Monster comme l'a été l'équipe de Rousseau ?

dimanche 20 septembre 2009

À celui qui mourra le mieux


DAVID R. ELLIS - THE FINAL DESTINATION

Quatrième opus de la saga labellisée, celui qu'on appellera Destination Finale 4 (par souci de lisibilité) est le tome de la démesure. Véritable série-fleuve, les Destination Finale s'entêtent à se répéter constamment et ce de plus en plus vite (jusqu'à ce qu'on ne comprenne plus rien). Film concept abstrait, tour à tour exposition dans son premier volet, apogée du grotesque puis volute concentrée et sensible. Le chemin faisant on croyait tout savoir de ce joujou simple et attachant : une vision intervient dans la vie de quelqu'un (de jeune) et l'empêche, lui et ses ami(e)s de mourir sous les coups d'une catastrophe de grande ampleur. La mort étant aussi joueuse qu'un spectateur, elle s'amusera ensuite à suivre scrupuleusement le déroulement de cet accident pour achever (de la façon la plus improbable et stratégique qui soit) les rescapés. Un plan simple, pas de sortie de secours ; personne n'en sortira indemne.

Beaucoup de rires et d'exécutions plus tard on aborde ce quatrième numéro avec décontraction. Le programme ne nous réserve plus de surprises. Nouvelle excentricité alliant excès et stupidité à l'image de la série dans son ensemble : les lunettes 3d vissées sur la tête seront à la fois notre nouvelle protection face à l'horreur et un nouveau pas vers ce multivers absurde et romantique. A la manière d'un jeu chaque joueur se débattra pour sa vie, survivra le plus longtemps possible pour battre son highscore et recommencera la partie prochaine. La technicité dévore la substance même du film (comme nous le présente l'affreux générique de début) et l'ingéniosité de ses crimes devient le véritable fer de lance de sa narration : de plus en plus complexe, surprenante et dantesque, la mort devient la seule existence tolérable pour des personnages parqués comme des bêtes, numérotés, et aussi cons qu'un bovin.


De plus en plus de place pour l'exécution, de moins en moins pour les personnages. Destination Finale 4 fait figure d'exemple ; là où les premiers films s'appesantissaient sur l'explication de tout ce toutim mystico-philosopho-mongol le quatrième nous nargue par ses choix volontaires d'exclure des pans entiers d'une conception de film solide : dialogues, progressions, charisme, propositions et envies de personnages, interactions intéressantes. A la manière de la matière, d'atomes possédant leurs propres positions dans l'espace et dans la grande intrication des choses, les personnages partent d'une position de départ pour ensuite bouger de manière chaotique entre les différents états possibles et observables. A peine nommés (ils sont d'ailleurs plutôt baptisés par leurs amis au début du film comme des nouveaux-nés assistant à un spectacle automobile, s'empiffrant d'une bouffe indescriptible et se lovant dans leur propre ennui existentiel) ces "acteurs" interchangeables n'ont ni but ni passion ni avenir : gosses de riches, filles qui ne savent que parler de mode et rêvent d'aller à Paris, garçons qui aiment le golf et parlent de filles, on atteint un constat décomplexé rare dans le domaine du stéréotype. On discute, on s'amuse, on baise et on ne sait jamais très bien si cela nous rapproche de la mort ou nous en écarte.

Dans sa structure même le film atteint un aboutissement et fascine par l'inextinguible prison d'espace et de temps qu'il met en place. Auteur et personnage s'enferment d'un même mouvement dans leur film et coexistent sans réellement savoir comment pratiquer : les ellipses existent mais les personnages y sont insensibles, la transmission d'information devient véritable acte de foi, l'édification même du scénario s'improvise au fur et à mesure des minutes. Après avoir échappé à un terrible accident sur un circuit automobile tout le monde comprend et accepte qu'il est temps de mourir. Ils se retrouvent d'un endroit à un autre de la ville en un instant comme si la téléportation était une règle physique désormais admise au cinéma : une coupe sépare deux plans et de l'un à l'autre le personnage est statique, il n'a rien appris, rien compris, il n'a pas existé, il a seulement été déplacé. Enfermés mais sans jamais vraiment se débattre si ce n'est face à ce couperet sordide : allez, courez au plus vite à travers l'écran, débordez en même grâce au nouveau dispositif de la 3 dimension, car rester en place serait synonyme d'échec et de mort. Le temps se dilate totalement, se dédouble, devient vision prédicatrice, retour en arrière, merveilleuses possibilités qui s'enchaînent sans cesse et où on meurt ou on se sauve à loisir. C'est en coupant tous les ponts réalistes entre les lieux et les temporalités que le film se regarde lui-même, se raccorde tout seul, et où la logique perd au profit d'une bande d'humains dégénérés qui font tout pour façonner leur propre destin. Ils racontent leurs histoires autant qu'ils en meurent.

On l'aura compris rien n'est réellement tangible dans l'univers de Destination Finale si ce n'est le piège (celui qui naîtra toujours d'un coup de vent, qui fera également toujours couler du gasoil, poussera une cuillère en équilibre sur la table, tournera ainsi la molette du gaz, etc.). La mort devient achèvement esthétique, un état de plus parmi d'autres, ni très grave ni très préoccupant, seule solution dans le marasme d'une vie d'un totalitarisme de la bêtise. Mourir est ce qu'on pourra faire de plus beau et de plus juste. Le jeu de massacre d'une poignée de crétins n'a pourtant rien de cruel. Si ce n'était pas eux ce serait nous, c'en serait d'autres, peu importe au fond. La jouissance dans le combat quotidien de la mort pour l'emporter sur le vivant, pour privilégier la disparition. A partir du moment où un personnage n'a pas de personnalité pourquoi l'évacuer et nous en priver ? Parce qu'une cruelle farce vaut mieux qu'un nom sur un visage, parce que rire avec la mort des autres nous préserve du mal qu'elle nous fera quand elle touchera les nôtres. La mort d'un inconnu restera toujours une simple information. C'est avec un sujet aussi sensible que le décès que Destination Finale nous amène sur une piste rare, privée d'affect et d'explication. Traîné par un camion en flammes, réduit à l'état de petit tas et d'un pull par un escalator, l'accomplissement de la mort se fait dans la performance, dans l'aboutissement artistique et gore de nos pulsions primaires de voir la destruction et de s'en réjouir. Mourir, c'est sûrement ce que ces personnages avaient de mieux à faire. Quatrième pas vers l'insensé absolu, vers le jusqu'au-boutisme du divertissement, le cinéma qui écrase l'homme, qui écrase le spectateur, sans répit. C'est sûrement pour ça qu'on s'attache à cette série pourtant déjà désuète et crâneuse, parce que Destination Finale met toujours en avant une qualité de choix : sa virtuosité dans son propre sabotage.

7.5 / 10